De l’émotion dans les mots

Publié le

Armitière Khadra
RENCONTRE

 

Auteur d’une trentaine de livres, l’écrivain algérien de langue française, Yasmina Khadra vient de publier « Les Anges meurent de nos blessures » (Julliard), sans doute l'un des plus beaux titres de la rentrée littéraire.
Il nous raconte l'histoire d’un petit « yaouled » (gamin des rues) qui deviendra boxeur, connaîtra la gloire, puis la déchéance. Un destin hors du commun avec pour décor l'Algérie coloniale de l’entre-deux-guerres. Une Algérie méconnue, peuplée de rêves, d'amour et d'amitié.


L’ancien officier de l’Armée de la Libération Nationale, de son vrai nom Mohammed Moulessehoul, est venu rencontrer ses lecteurs, samedi 28 septembre à la librairie rouennaise l’Armitière. Ecrivain prolifique, résolument optimiste, l'auteur de « L'Attentat » est un amoureux de la langue française, de la littérature et du genre humain.

 

« Les Anges meurent de nos blessures », un très beau titre, comment vous est-il venu ?

Yasmina Khadra: « Je ne sais pas comment l’idée de ce titre est venue, mais, à force de bien faire les choses, finalement les choses bien faites s’imposent à vous. Je cherche avant tout à mettre de l’émotion dans les mots et non le contraire».

L’histoire se déroule dans l’Algérie des années 20, est-ce une façon d’expliquer la situation actuelle ?

« Revenir à cette époque, c’est une manière de comprendre l’Algérie d’aujourd’hui. C’est aussi une période très méconnue, très peu de livres évoquent cette Algérie coloniale de l’entre-deux-guerres. Mon but était d’écrire un grand livre sur mon pays, sur Oran, une ville qui s’est oubliée, que personne ne le voit. J’ai essayé d’interroger cette époque par moi même, sans trop me documenter mais en faisant appel à la magie de l’imaginaire. Trop d’Histoire tue l’histoire».

Votre héros, Turambo, est boxeur, pourquoi ce sport ?

« J’avais envie d’aller d’un univers à l’autre, la boxe était la seule chose qui rassemblait toutes les communautés d’alors. Juifs, Arabes, Berbères, Français, tout le monde se retrouvait  autour du ring ».

C’est un grand candide, un champion au cœur trop grand ?

« Turambo est celui de mes personnages que j’aime le plus, il me ressemble beaucoup. Tous les deux, on n’a pas eu la vie facile, il a fallu se battre pour exister. Sa candeur me touche, il a vécu la violence mais comme victime, l’innocence est plus forte que la ruse ».

Pourquoi écrivez-vous en français ?

« Je n’ai pas choisi la langue française, c’est elle qui m’a choisi.
Pour moi, la langue
les-anges-meurent-de-nos-blessuresprime et il faut que ce soit beau. C’est une langue que j’aime, elle m’a tout appris ».

 Quel regard portez-vous sur l’Algérie d’aujourd’hui ?

« Politiquement, c’est un pays en convalescence mais c’est aussi un peuple qui s’éveille. Il faut des changements capables de nous faire recouvrer l’ambition, de nous faire renaître au monde. Il faut aider l’Algérie à trouver ses marques politiques ».

 

« Les Anges meurent de nos blessures »
de Yasmina Khadra
Editions Julliard, 403 p. 21 €
 www.yasmina-khadra.com

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